La sensuelle et gourmande vanille est arrivée chez nous avec une solide réputation d'aphrodisiaque. Le mot français vanille est dérivé de vagina, " petit fourreau ", " petite gaine " parce que la racine de vanille à la forme allongée avec la petite fente du bout ressemble au canal vaginal. Et cela seul suffit à en faire un aphrodisiaque dans l'imaginaire collectif, comme tout ce qui évoque la procréation ou les organes sexuels. L'huître qui, elle aussi, ressemble aux organes sexuels féminins autant par son apparence que sa texture, jouit chez nous dans ce domaine d'une réputation solide, sans pourtant la moindre preuve. Selon les Chinois et les Arabes, la loche de mer qui grossit et gonfle quand on la touche, les dattes et les artichauts évoquent le vagin. Côté masculin, l'exemple le plus connu porte sur la mandragore, citée dans la Genèse, dont les racines fourchues évoquent de façon étonnante des cuisses d'homme et un pénis. Rien n'a été prouvé, mais il semble en tout cas qu'en affermissant les nerfs, la mandragore peut avoir comme effet secondaire d'améliorer les performances sexuelles d'un amant trop émotif. Les oignons et les pommes de terre ressemblent plus ou moins à des testicules, la banane, les asperges ou carottes, le raifort à la verge et figurent donc en raison de leur forme dans l'interminable liste des aphrodisiaques.

Madame de Pompadour que le roi considérait " froide comme une macreuse ", se faisait servir au déjeuner un potage de céleri, une poignée de truffes et un triple chocolat à l'ambre et à la vanille pour combattre sa frigidité et réveiller ses ardeurs. La vanille avait une solide réputation d'aphrodisiaque y compris auprès des autorités médicales et en 1720, De Caylus conforte cette opinion et classe la vanille parmi les échauffants et recommande à ceux qui sont plus préoccupés par leur santé que par les plaisirs des sens de s'en abstenir.

Le " parfait amour " liqueur d'origine de hollandaise remontant au 18e siècle, à base de cédrat, de vanille, de girofle, de canelle et de coriandre connut une grande popularité. Il était coloré en violet ou en rouge, parfumé à la violette et passait pour un aphrodisiaque, ce qui suffit à expliquer son succès.

A la même époque établissements Tivoli étaient célèbres pour leur " bain nuptial " destiné aux messieurs à veille de leur mariage. Après un bain aromatisé aux vins, on leur offrait une collation, puis on les massait avec des essences et des huiles aphrodisiaques: extrait de vanille, de girofle, d'ambre, suc de rose, esprit de musc, cantharide.

La vanille est la " senteur aphrodisiaque " des rêves de Baudelaire:

" Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme des hautbois, verts comme les prairies,
Et d'autres corrompus, riches et triomphants
Ayant l'expansion des choses infinies... "

Dans leur livre La route du chocolat, Cluizel et Schiaffino donnent la recette d'un philtre aphrodisiaque toujours d'actualité au Guatemala: " Faire chauffer deux gousses de vanille pendant dix minutes dans un litre de lait. Retirer les gousses, les presser pour en extraire tout le suc et les grattter pour conserver les petites graines; ajouter deux cuillères à soupe de cacao pur et les délayer avec un quart de litre d'eau tiède. Ajouter le lait chaud en remuant bien. Puis mettre deux cuillères à soupe de miel et autant de sucre roux en poudre. Incorporer en fouettant une demi-cuillerée à thé de poivre de Cayenne ou de tabasco, une pincée de sel et un petit verre de rhum ou de tequila. Boire bien chaud ou très froid. "