Si la pomme n'a à coup sûr aucune vertu aphrodisiaque,
sa charge symbolique n'en reste pas moins énorme. Comme l'écrit
Michel Pastoureau, la "qualité érotique de la pomme a une
très longue histoire. De Pomone à Marie, d'Eve à Vénus,
la pomme a toujours été associée à la féminité
dans sa double dimension: nourriture et fécondité d'un côté,
plaisir et beauté de l'autre. Très nombreux sont depuis l'Antiquité
les témoignages qui mettent en valeur le lien entre les plaisirs
de la pomme et les formes rondes de la femme. [...] Les seins-pommes _
c'est-à-dire ceux qui ont l'aspect ou la forme de pommes _
fréquents dans l'art du XVe au XVIIe siècle,
font parfaitement le lien entre la chair fruitée de l'amante et
le lait nourricier de la mère: on les caresse comme on s'en nourrit.
Vue la corrélation entre la pomme, la femme et l'amour, Vénus,
la plus belle femme du monde, symbolise encore pour les modernes essentiellement
l'Amour et la Beauté, thème qui a inspiré beaucoup
de peintres. " Dans la symbolique chrétienne , la pomme mise en
relation avec la femme associe ainsi le péché de mensonge
et le péché de chair, la traitrise et la luxure, Eve et Vénus".
Selon les traités d'iconographie, tels que le Hieroglyphica
de Giovanni Piero Valeriano de 1556, les amours joufflus qui l'accompagnent
doivent " être représentés jouant avec des pommes,
s'amusant dans les arbres à cueillir ces fruits, y mordre à
pleines dents, ou bien se les lancer comme des balles."
La pomme servait à sceller les serments entre amoureux. On préparait
des philtres d'amour à base de pommes que l'on faisait boire à
l'objet de sa flamme sans qu'il s'en aperçoive ou au contraire que
l'on partageait délibérément pour être indissolublement
liés. Donner une pomme c'est donner son coeur, mais c'est aussi
un philtre magique qui unit pour le meilleur et pour le pire. L'auteur
d'une saga islandaise du 13e siècle, la Saga de Gisli
Súrsson s'inspirant du thème de Roméo et Juliette
remplace le philtre par une pomme magique.
En Bretagne la demande en mariage s'accompagnait d'une pomme. Le jeune
homme croquait dans une pomme en demandant: " M'aimes-tu ? M'aimes-tu pas
? Si tu m'aimes, mors dans mon mias !". Si la jeune fille croquait la pomme
à son tour, c'était oui.
Et dans beaucoup de régions d'Europe, le don d'une pomme apparaît
comme un geste d'amour.
Un vieux quatrain dit:
Un dicton de la Renaissance affirme que " Les pommes ne vieillissent pas pour porter des pommes " , c'est-à-dire que tant que les pommiers portent des pommes ils ne vieillissent pas. Meyer Schapiro qui a écrit un essai Les Pommes de Cézanne (1982) voit une " signification érotique latente " des pommes jouant chez le peintre " le rôle de symbole inconscient d'un désir refoulé". Selon lui, " c'est parce que Cézanne peignait à la fois des natures mortes et des nus, qu'il était capable, dans ses tableaux d'idylle et de chastes natures mortes, de symboliser ses désirs par des pommes qui présentent une vague analogie avec des thèmes sexuels."