LES AVENTURES DE PIERRE POIVRE:

" En l'année 1741, je m'étais embarqué au Port-Louis sur le vaisseau le Mars, dans le dessein d'aller à la Chine y apprendre la langue du pays, en attendant que j'eusse atteint l'âge de recevoir les ordres, pour pouvoir me consacrer aux Missions; outre ce premier objet de mon voyage, j'avais encore celui d'aller dans ces Pays éloignés y faire des recherches sur ce que les Productions de la Nature et l'industrie des habitants pourraient m'y présenter de curieux et d'utile qui fut propre à enrichir ma Patrie ". Ainsi commence la vie aventureuse de Pierre Poivre, au nom prédestiné.

Né le 23 août à Lyon d'une famille de commerçants, Pierre Poivre veut être missionnaire. A 21 ans, avant de recevoir les ordres, il part en stage en Chine. Emprisonné pour d'obscures raisons, il est retenu suffisamment longtemps pour avoir le temps d'apprendre le chinois, en tout cas suffisament bien pour pouvoir plaider lui-même sa cause et être innocenté et libéré. Le vice-roi de Canton lui donne un sauf-conduit qui lui permet de circuler à sa guise et même d'aller en Cochinchine. En 1745, il reprend le bateau le " Dauphin ", il veut rentrer en France pour être ordonné, mais les Anglais coulent le bateau dans le détroit de Bangka. Un boulet lui emporte la main droite, et il faut l'amputer de l'avant-bras droit, de plus il est de nouveau fait prisonnier. Il ne sera ni missionnaire, ni peintre! Il débarque à Java, puis gagne Pondichéry. Il voudrait rentrer en France et il embarque avec Mahé de la Bourdonnais pour la Martinique. Hélas! Le navire est pris par un corsaire de Saint Malo, puis par les Anglais. Il se retrouve prisonnier à Guernesey jusqu'en 1748. C'est alors qu'il forme le projet de doubler les Hollandais et d'implanter la culture des arbres à épices aux Mascareignes, soit les îles de France et de Bourbon, Maurice et la Réunion.

Il expose son projet aux directeurs de la Compagnie Française des Indes Orientales et repart en 1749 muni d'un sauf-conduit pour la Cochinchine avec le projet de faire une reconnaissance secrète des Moluques. Mais à son passage à Pondichéry, Dupleix ne lui apporte pas l'aide attendue et traîne des pieds car un de ses neveux a en tête un projet similaire. Enfin il arrive en Cochinchine et charge son navire le " Machault " de canneliers, poivriers, arbres à résines... Il effectue une deuxième expédition pour Manille, où l'on soupçonne la présence de girofliers et de muscadiers. En effet, les oiseaux consomment les fruits et dispersent les graines non digérées sur les îles non surveillées par les Hollandais. En 1753, il revient avec des fruits et 5 pieds de muscadier. Toujours en butte à la mauvaise volonté de Dupleix en Inde, il va en île de France et confie ses trouvailles à Fusée-Aublet, directeur du jardin d'essai, " Le Réduit ", amorce du merveilleux jardin botanique que nous connaissons maintenant à Maurice. Hélas, Fusée-Aublet sabote le travail de Poivre, il prétend ne voir là que de vulgaires aréquiers. Les noix ne sont pas plantées, les pieds détruits. On comprend la déception de Poivre qui au retour d'une nouvelle expédition en Malaisie et aux Moluques découvre le désastre.

Il repart malgré tout le 1 Mai 1754 sur la Colombe, car le nouveau gouverneur lui est favorable. Guerres, contestations de l'équipage, attaques de pirates, il a droit à tout, mais il parvient à Timor et réussit à faire signer un traité en bonne et due forme. On s'engage à lui livrer girofliers d'Amboine et muscadiers de Banda. Hélas les pieds de giroflier si durement acquis ne produisent rien. Découragé, il abandonne la partie et rentre en France en 1757. Il passe dix ans en semi-retraite.

Un édit royal enlève à la compagnie des Indes la régie de l'île de France et de l'île de Bourbon et les rattache à la couronne. Il est nommé intendant. En 1767, il repart avec sa jeune épouse et achète le domaine de " Mon Plaisir " créé par La Bourdonnais à la Compagnie des Indes. Il l'agrandira, et en fera le fameux jardin des Pamplemousses avec l'aide de son disciple créole, Jean-Nicolas. Ce jardin sera pendant 50 ans sera le principal fournisseur en espèces tropicales des autres colonies françaises. Poivre repart en 1769, pour les Moluques avec le Vigilant et l'Etoile du Matin. En 1770, il revient à l'île de France avec " quatre cent cinquante plants de muscadier, et soixante-dix de giroflier, dix mille muscades, ou germées ou prêtes à germer, et une caisse de baies de girofle dont plusieurs étaient hors de terre ". Victoire! Une nouvelle expédition l'année suivante est également fructueuse. Poivre réussit à développer les cultures à l'île de France et dans d'autres colonies, Madagascar, La Guyane, Saint Domingue et la Martinique.

Le 1er mars 1778 un des muscadiers transplantés huit ans auparavant fleurit. Le 7 décembre de l'année suivante, la première noix est cueillie en grande pompe et adressée à LOUIS XVI.