ÉPICES ET AROMATES CONTRE LA PESTE:

Odeurs malodorantes et miasmes

Si dans l'inconscient collectif des Anciens et de nos ancêtres, la bonne odeur est divine, odeur de sainteté et de santé, à l'inverse la mauvaise odeur est le mal, la marque de la maladie, de la mort, de la séparation et de l'aliénation, le mal du Diable et du péché. Mais en sommes-nous vraiement tellement éloignés? Pour l'homme moderne toute odeur qu'il ne connaît pas, qui n'est pas "naturelle", toute odeur qui est chimique, tout ce qui sent mauvais est "sale" et ne serait être bon pour la santé et les industriels, lessiviers en tête, nous inondent d'effluves parfumées et dépensent des fortunes à masquer les mauvaises odeurs de leur produits pour nous les faire accepter. Comme l'ont mis en lumière Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant, les Grecs se sont représentés les aromates " se situant sous le signe de Sirius, l'astre caniculaire " dans leur rapport avec les autres plantes selon " un code botanique qui va de la myrrhe, dont naît Adonis, à la laitue où il meurt, et qui apparaît selon un axe vertical, depuis les plantes "solaires", chaudes sèches, voire brûlées, incorruptibles et parfumées, jusqu'aux plantes d'en bas, froides, humides, crues, proches de la mort et de la mauvaise odeur." Ils font apparaître "des séries combinées d'oppositions _ haut-bas, terre-ciel, humide-sec, cru-cuit, putrescble, imputrescible, puanteur-parfum, mortel-immortel... " Selon les Anciens, les Harpies, messagères infernales et les vautours aux plumes pourries qui fondent sur les chairs corrompues dégagent la même odeur nauséabonde, et dit Denys le Perlegète" si les vautours s'éjouissent à l'odeur putride des cadavres, ils haïssent tellement les parfums que jamais ils ne toucheraient à une bête crevée dont les chairs seraient couverts d'aromates." Signe de la condition humaine, l'odeur fétide, la putréfaction est source d'angoisse : "Après l'homme, le ver, après le ver la puanteur et l'horreur " dit saint Bernard. Il faut donc sans arrêt lutter contre la décomposition des chairs. Toutes les techniques d'assaisonnement comme d'embaumement, pratiquées de l'Egypte à Rome témoignent de ce souci. Dans les Passions de Notre Seigneur du théâtre médiéval, Marie Madeleine s'adresse aux "épiciers" pour "oindre le corps" du Christ et marchande myrrhe, aloés et gingembre pour en faire un baume qui le protégera.

Dans tous le monde prémoderne la pourriture corporelle va de pair avec la corruption morale qu'elle dénonce. Si les vautours et les Harpies du monde grec sont dégoûtés par le parfums, dans le monde chrétien ce sont les esprits qui sont repoussés par les senteurs fortes; d'où l'utilisation classique de fumigations lors des séances d'exorcisme. Et pour la pensée païenne et magique, les parfums sont aussi médicaments, les "bonnes odeurs" mettent en fuite les esprits, et repoussent la maladie et la mort. Après tout l'odeur de sainteté est aussi odeur de santé. Criton, Galien et Hyppocrate les utilisaient aussi, et celui-ci s'en servit même pour chasser la peste d'Athènes. On dit qu'au 5e siècle avant J.C, c'est en faisant brûler des bois aromatiques que la peste fut chassée d'Athènes. Acron d'Agrigente ne faisait que tirer les conséquences de l'idée selon laquelle l'épidémie naît de l'air.

Elément vital mais aussi délétère, l'air influe selon Hippocrate et ses disciples sur le physique et le psychisme des individus. Il peut être bénéfique ou nocif selon sa " constitution ". Les changements de saison, les perturbations atmosphériques provoquent des altérations dans ses qualités (température, sécheresse, humidité, consistance). La mauvaise qualité de l'air est liée aussi à la présence d'éléments pathogènes qui le souillent. Ainsi les odeurs exhalées par les marais et la fange engendrent des maladies, les épidémies et la peste viennent d'un air infecté de " miasmes ". Quand cet air pénètre dans un organisme qui a une surabondance de sang et d'humeurs due à un mauvais régime de vie, la peste se déclare rapidement, dit Galien. Elle se propage ensuite par les émanations et l'haleine fétide des malades.

Dès le 13e siècle, le mot "pestilence" désigne aussi bien une odeur épouvantable que l'épidémie elle-même, et dès le 16e siècle, "empester" prend le sens d'empuantir. Entre le 14e et le 17e siècle où plusieurs épidémies de peste ont ravagé l'Europe, la doctrine officielle, faute de pouvoir l'imputer à un déséquilibre des humeurs, hésite entre cette conception " aériste " héritée des Anciens, et la notion de contagion. Ces théories se sont développées et sont devenues de plus en plus complexes et de plus en plus fumeuses au cours des siècles sans jamais perdre leur liens avec l'odeur malodorante.

Il faut signaler que le rôle de la corruption de l'air dans la diffusion de la peste a été une conception quasiment universelle sans que nul n'explique vraiment les causes de cette corruption, ni comment l'air corrompu agit sur le corps humain. La médecine chinoise qui avait établi de longue date la corrélation entre les rats et la peste, faisait malgré tout une part importante à la mauvaise odeur dans la propagation de la peste. " Les rats mourraient parce qu'ils prenaient la mauvaise odeur de la terre, et les hommes avaient ensuite la peste parce qu'ils prenaient la mauvaise odeur des rats. " (M Rouffiandis 1903, Théories chinoises sur la peste) Par ailleurs l'idée que la peste était contagieuse était suffisamment répandue dans le public pour que l'on écrive que le terme même de contagion "  se dit par excellence et absolument de la peste. " On sait que la contagion a été une des raisons de la fermeture des étuves et des bains publics. Érasme écrit: "Il y a vingt-cinq ans dans le Brabant, rien n'était plus en vogue que les bains publics; aujourd'hui on n'y va plus, la nouvelle peste nous a appris à nous en passer."

Pressé par le roi Philippe VI de se prononcer sur l'origine de la grande peste noire de 1348, le collège de la faculté de médecine met en cause la " corruption meurtrière de l'air ", " avec son venin et malice, moult pénétrant et plein de vice " due à une conjonction astrale néfaste, des vapeurs empestées se sont levées de la terre et des eaux". Certains la considèrent comme un châtiment divin pour "punir les crimes de la Terre", d'autres la croient "engendrée par l'air, les météores, la sorcellerie, les passions de l'âme." Ambroise Paré explique lui aussi la peste de l'Agenois en 1532 par " une vapeur puante ", celle de cadavres entassés dans un puits du château de Pène au début des guerres de religion. Il recommande de fuir les lieux malodorants, de maintenir la pureté des humeurs, de manger " bonnes viandes ", de joncher le sol d'herbes fraîches, et de porter sur la région du coeur un sachet de roses, violettes, feuilles de myrrhe." Davantage ne faut aller aucunement à la selle ès retraite où on jette les excréments des pestiférés. Aussi faut éviter la fréquentation de ceux qui hantent les malades de la peste, comme les médecins, chirurgiens, apothicaires, barbiers, prêtres, gardes, serviteurs et fossoyeurs...Il se faut tenir joyeux, en bonne et petite compagnie, et parfois ouïr chanter et instruments de musique et aucunes fois ouïr lire quelque lecture plaisante et principalement la Sainte Ecriture." Et s'en remettre à la grâce de Dieu!

" En 1620, un médecin de Rouen écrit: "  La peste est une vapeur contagieuse et délétère conçue en l'air par la configuration du ciel qui cause la fièvre et infeste le coeur. " Auparavant une conjonction de Mars, Jupiter et Saturne avait été rendue responsable de la peste de 1345. En 1639, le médecin Jacquelot dans L'Art de vivre longuement, écrit: "La putréfaction de l'air est la cause commune des maladies contagieuses, mais il est necessaire de savoir les causes qui la corrompent. Les astrologues tiennent que ce sont les influences des constellations malignes, et les médecins tous les corps corrompus et hétérogènes qui se mêlent à l'air: telles sont les vapeurs métallques des cloaques et des voiries... Pour conserver la santé il est nécessaire de respirer un air pur et net en sa substance et tempéré en ses qualités.

La "bonne odeur" des épices et aromates

En 1347 un vaisseau génois revient du siège de Caffa, sur la mer Noire, avec à son bord des matelots atteints de la peste. En un an, la contagion gagne toute l'Europe, en moins d'un an Venise et Florence contaminées perdent de soixante à cent mille habitants. Chargées de purifier l'atmosphère, et d'accroître la résistance de l'organisme, les substances odorantes, épices et aromates, employées sous des formes très diverses vont être les armes principales contre la peste. Olivier de la Haye recommande l'usage de pommes de senteurs:

" Qui veulent long chemin faire
Par air puant, trouble et contraire,
De porter o soy toute part
Des pommes confites par art,
De bonne odeur et de sentement
Sans lesquels aucunement
Nul ne présume aler ades
Visiter gens qui sont malades "

Il recommande aussi de joncher le sol des pièces d'habitation de plantes aromatiques, d'arroser les maisons d'eaux de senteur et de vinaigre et d'y jeter des roses et des fleurs d'églantier, de faire des fumigations de genèvrier et de romarin. Il est conseillé de se désinfecter la bouche et les mains avec du vin aromatisé avec des épices puissantes, poivre, cannelle, girofle, macis, gingembre... si on craint d'avoir été en contact avec une personne contaminée. Lors de la peste de 1546 qui ravage Aix-en-Provence et gagne tout le midi de la France, Nostradamus prépare des pastilles à sucer à base de sciure de cyprès, d'iris, de girofle, de calamus, d'aloès, le tout pilé avec des roses rouges, puis mêlé à du musc et de l'ambre. Lors des épidémies de peste qui s'abattent sur l'Europe à la fin de l'époque médiévale, un parfum liquide employé à Venise en 1504, l'eau de Damas composée d'une douzaine d'aromates additionnées de musc et de civette ainsi que le girofle et le vinaigre des quatre voleurs sont utilisés avec succès pour se protéger. Le médecin parisien Jean Liébaut qui a mis au point la recette d'une eau impériale, censée guérir toutes les maladies dites froides, les maux de tête, de ventre, de dent, la paralysie, l'apoplexie, les convulsions, conseille en 1582 de prendre à jeun son remède pour se protéger de la peste: "Moyennant la pesanteur de deux deniers dans un verre, le malade pourra par la grâce de Dieu sûrement allé en toute infecton d'air ou de peste. Selon le Dr Renou, auteur en 1626 des Oeuvres pharmaceutiques, "les odeurs suaves et plaisantes sont grandement récréatives du cerveau et des autres parties nobles, en revanche l'air puant est leur ennemi juré."

Montaigne se plaint qu'on ne donne pas assez de place aux parfums dans la pharmacopée: "Les médecins pourraient tirer des odeurs plus d'usage qu'ils ne font; car j'y ai souvent aperçu qu'elles me changent et agissent en mes esprits et que l'invention des encens et parfums aux Eglises, regarde à cela de nous réjouir, esceiller et purifie les sens pour nous rendre plus propres à la contemplation." A la Renaissance, Marsile Ficin, médecin et auteur de De triplici vita, met au point une vraie thérapeutique olfactive visant le bon fonctionnement de l'organisme et de l'intellect. Il ne s'agit pas d'hygiène au sens moderne du terme mais plutôt de psychosomatique avant la lettre.

Afin de " dompter le dragon " de la peste qui jette son " haleine venimeuse ", il conseille de choisir soigneusement son environnement, de ne pas s'installer à demeure près des marécages, d'aller chercher un air pur et lumineux. Il affirme qu'il faut préférer les effluves subtiles et vaporeuses aux senteurs lourdes, humer les senteurs végétales plutôt qu'animales (exception faite du musc). S'il faut humer les senteurs des végétaux, ce ne sont pas celles des feuilles mortes, ni des sous-bois, mais la violette, le citron, le safran et la cannelle, la menthe fraîche et le fenouil, le clou de girofle et l'eau de rose. Il propose de les croiser et de les combiner jusqu'à obtention du juste degré de fraîcheur et de chaleur, d'humidité et de sécheresse chassant toute idée de pourriture et de noirceur. C'est selon ses principes que seront composées les pommes de senteur, mêlant les fleurs aux fruits, les épices aux écorces dont la Renaissance se montra si friande.

Les armes des médecins et des autorités

Aucune démarche collective, aucune organisation officielle à grande échelle n'est alors envisagée. En cas de doute, on isole ceux que l'on croît atteint et on les met en quarantaine, on interdit l'entrée des villes aux vagabonds, on chasse les chiens et les chats, on fait brûler du genièvre pour désinfecter les maisons.

En cas d'épidémies, les médecins, d'un bout à l'autre de l'Europe, portent des chapeaux et des masques à long bec bourré d'aromates, de vastes vêtements de toile cirée et des gants parfumés. En France, c'est Charle Delorme, premier médecin du roi Louis XIII qui met au point un costume spécial pour protéger ses collègues et un masque avec un long nez rempli de parfums pour se protéger de l'air ambiant. Très vite les officiers de santé sont munis de flacons de vinaigre aromatisé de clous de girofle, d'angélique, de lavande, de camphre... Ils se sentent complètement désarmés, impuissants à guérir le mal. Ils placent tous leurs espoirs dans les mesures préventives que peuvent prendre les municipalités. Car, hélas jusqu'aux années 1660 et les mesures prises par Colbert, le pouvoir central intervient très peu en matière de santé publique et laisse l'initiative aux municipalités. Ils se contentent de donner quelques conseils et de rappeler l'importance de certains gestes individuels pour se protéger: C'est ainsi que l'on prône l'abstinence des aliments " grossiers ", chargés d'humeurs malsaines, et que l'on recommande l'usage des épices et des parfums, la purification de la chambre des malades à l'aide de divers parfums, la pratique des purges et des saignées, l'application d'emplâtres de feuilles d'oseille et d'oignons de lis sur les bubons pour les ramollir et permettre au chirurgien de les inciser. Cela mis à part, la fuite n'est guère que la seule autre défense envisagée et malheureusement ceux-là même qui sont chargés de l'autorité municipale sont trop souvent les premiers à prendre le large. Même des médecins conscients du côté dérisoire de leurs remèdes reculent devant le fléau. Guy Patin (1601-1672) qui pourtant a une énorme responsabilité en tant que doyen de la Faculté de médecine de Paris, ne veut pas s'y risquer et il va même jusqu'à exclure la peste de la pratique médecinale et l'abandonne aux barbiers qui sont ceux qui possèdent les instruments propres à trancher les bubons. Fuir vite, loin, le plus loin possible, et s'en revenir tard, c'est la meilleure alternative!

C'est le chacun pour soi. Les pauvres gardent de l'ail en bouche, se mettent de la rue dans les narines et de l'encens dans les oreilles, purifient l'atmosphère en faisant brûler du genièvre, du romarin, du soufre ou de la poudre à canon... Chez les riches, on s'en remet à des épices et aromates exotiques, des odeurs suaves et pénétrantes, supposées plus efficaces. Dès la Renaissance, c'est la vogue du pomander, "pomme d'ambre, pomme de senteur, ou pomme à musc". Cela se présente chez les plus aisés comme un petit bijou d'or et d'argent, sphérique, piriforme, qui s'ouvre en quartiers pour servir de réceptacles aux parfums considérés comme les plus efficaces par la médecine de l'époque, non seulement pour prévenir la peste, mais aussi pour guérir les maux de tête, les fièvres et les hémorragies. Au départ ils ne contiennent que du musc, puis on y ajoute de l'ambre, des résines, et des épices, cannelle, girofle, macis... , toujours sous forme de mélanges solides. La reine Elisabeth 1er porte, elle aussi, sur elle une pomme de senteur, une pomme roulée dans la cannelle et piquée de clous de girofle pour éloigner la peste.

A côté des antidotes que l'on respire, il y en d'autres à usage externe ou interne. La liste est longue: fumigations de storax, costus, oliban, gomme arabique, petits cônes séchés de marjolaine, macis, genévrier ou aloès, pilules de mélisse, basilic, muscade, cannelle, conserves de roses, lotions de menthe, girofle, romarin, cardamome, galanga, poudre de safran, feuilles de zédoaire, pomme d'ambre, musc, sirops de citron, de grenades, sachets de senteurs, sortes de petits sacs de taffetas ou de satin placés dans les poches ou les armoires, aspersions d'eaux de senteur ou encore éponges imprégnées de vinaigre... On verse aussi des vinaigres aromatisés sur des pelles rougies au feu. Fabriquées en métal précieux ou en pierres semi-précieuses, les boîtes de senteurs, proches des pomanders remplies d'épices ou de poudres odorantes apparaissent au 17e siècle. Certaines contiennent à la fois un parfum solide dans un compartiment rempli de trous et un parfum liquide. On utilise aussi des " rubans de Bruges " préparés par des apothicaires. On les suspend aux poutres et on les laisse se consumer doucement. On emploie des cassolettes appelées" philosophiques" ou "royales" par Blégny, médecin empiriste, en métal, cuivre, bronze, faïence ou porcelaine, pierres semi-précieuses munies d'un pied ou sur un socle en forme de trépied où l'on fait brûler ou évaporer des substances aromatiques. La partie inférieure, ou bassinet, contient les matières odorantes et les vapeurs s'exhalent de la partie supérieure en passant à travers une grille ajourée et un couvercle percé de trous. Les riches ont aussi de petits coffres en bois ouvragé, fermés sur le devant par une grille, dans lequels on glisse une sorte de chaufferette de métal ciselé pleine de braises, et on y brûle des pastilles odorantes faites de pâtes aromatiques de grand prix.

Lors de la peste qui ravagea Lyon en 1628, le bureau de santé engage sous l'impulsion du médecin Lyonnais de La Frambosière, trois équipes de parfumeurs pour une entreprise de désinfection systématique. Ils sont chargés de vider les placards et de faire brûler des parfums composés de soufre, d'antimoine, de poudre de chasse, d'orpiment, de camphre... Cette exprérience est renouvellée quand la peste s'abat sur Marseille en 1720 où elle extermine la moitié de la population, puis gagne Aix, Arles et Toulon. On fait appel à une confrérie de "parfumeurs aériens" qui désinfèctent les maisons en faisant brûler des parfums dans des brûle-parfums et des cassollettes. Les personnes contaminées après leur isolement en quarantaine doivent obligatoirement se laver avec de l'eau-de-vie où on a fait infusé des clous de girofle, du sel et de la poudre d'iris. Après quoi, elles doivent passer dans une pièce où on leur fait respirer les exhalaisons d'un parfum composé de dix-sept substances différentes qui brûle dans une cassolette.

A Londres lors de la grande peste de 1563, ce sont les maîtres de maison qui sont impérativement chargés d'assainir et de désinfecter l'air ambiant en faisaint brûler trois fois par semaine devant leur maison des brassées de bois odoriférants. Dans chaque maison où il y eu un dèces, il faut faire venir un parfumeur qui est chargé de purifier l'atmosphère de la maison avec des fumigations de genevrier, de musc, d'ambre , d'aloès... J.P Papon écrit un ouvrage intitulé De la peste et des moyens de s'en préserver où il donne ce genre de conseils: " On portera une éponge imbibée de vinaigre ou un citron piqué de clous de girofle ou une boule odorante qu'on sentira de temps en temps. " A quelle date a-t-il écrit cela? en 1800! Les siècles ont passé, mais les techniques de survie individuelles n'ont guère changé, même si certains remettent en cause l'efficacité de ces pratiques. C'est le cas de Guyon de Morveau qui doute de l'effet des fumigations de senteurs odoriférantes et rappele l'analyse faite dès 1755 par Vicq d'Azur qui affirme: " les substances aromatiques brûlées ne font que substituer une odeur agréable à une odeur fétide, et tromper l'odorat en ne dénaturant point les miasmes putrides."