LES " ÉPICES DE CHAMBRE "

La coriandre faisait partie des " épices de chambre " que l'on consommait dès le 13e siècle en une prise séparée après le repas selon les prescriptions des diététiciens de l'époque. Les privilégiés offraient à leurs invités des graines de coriandre, d'anis, de fenouil, ou du gingembre pour les aider à digérer, et à purifier leur haleine après le repas.

Pour ceux qui pouvaient se le permettre, les graines avaient cuit dans du sucre. Les fruits confits avec force aromates et épices, ainsi que les confitures, qui d'ailleurs tenaient plus de la pâte de fruit que de la confiture, jouaient le même rôle. Les gens riches faisaient preuve d'attention à l'égard de la santé de leurs invités et de libéralité en offrant ces épices de chambre dans de jolies petites boîtes que l'on emportait chez soi ou que l'on croquait dans sa chambre, si l'on séjournait chez ses hôtes. De même lorsque l'on se rendait visite, on invitait dans sa chambre qui faisait office de salon et le rituel voulait qu'on fasse circuler à la ronde des " drageoirs ", coupes ou boites contenant des épices de chambre comme on offrirait aujourd'hui un verre ou une cigarette, et on les grignotait au cours de la conversation.

Tout cela coûtait fort cher et seuls les riches pouvaient le faire, les gens plus modestes se contentaient de faire passer à la ronde un assortiment de noix, noisettes, amandes, raisins secs...

Froissard décrit en ces termes l'accueil fait en 1390 aux Anglais à la cour: " Quand ils eurent dîné, ils retournèrent dans la chambre du roi, et là furent tant que on apporta vins et épices en grands drageoirs d'or et d'argent. "

Les Ordinacions de Pierre IV d'Aragon énumèrent les épices de chambre parmi les quelques objets vraiment indispensables, tels que l'eau et le vin pour boire, les chandelles et les torches pour s'éclairer.